
Bilan Infirmier Prévention Canicule : l’Onsil propose une réponse infirmière simple, rapide et déjà compatible avec l’existant Un outil de prévention infirmier, pensé pour le
La canicule de 2003 reste un traumatisme sanitaire national : près de 15 000 décès en quelques semaines, révélant la vulnérabilité extrême des personnes âgées, isolées ou fragiles, souvent à domicile. Vingt-trois ans plus tard, le risque n’est plus exceptionnel : il devient prévisible, saisonnier, aggravé par le vieillissement, l’isolement, les pathologies chroniques, les difficultés d’accès aux soins et le réchauffement climatique. [1]
Les derniers épisodes de fortes chaleurs rappellent que le domicile reste un angle mort de la prévention. Santé publique France a signalé environ 1 000 décès supplémentaires lors d’un épisode caniculaire récent ; plusieurs premières estimations ont relevé une hausse particulièrement marquée des décès à domicile, autour de 40 %. Les patients les plus exposés ne sont pas toujours ceux qui appellent, consultent ou se déplacent. [2][3]
L’objectif n’est pas de créer une nouvelle usine administrative, mais de proposer un outil simple, immédiatement mobilisable, pensé pour entrer rapidement dans les dispositifs existants. Le Livre Blanc “Plan Urgence Canicule” BIPC est disponible en téléchargement au format pdf ici.
Le BIPC s’appuie sur un modèle déjà connu : Mon Bilan Prévention. Ce dispositif est ouvert notamment aux infirmiers par l’arrêté du 28 mai 2024, et l’Assurance Maladie en précise les modalités pour la profession, avec une facturation identifiée par le code prestation RDI. L’Onsil propose d’en faire une déclinaison ciblée à cause de la situation d’urgence climatique : Mon Bilan de Prévention Infirmier Plan Canicule. [4][5]
L’idée est volontairement pragmatique : partir de ce qui existe déjà, le rendre accessible rapidement, et l’adapter à un risque majeur. En période de plan canicule, les registres communaux, les CCAS, les ARS, les CPAM, les CPTS, les collectivités, les médecins traitants, les pharmaciens ou les acteurs du maintien à domicile pourraient permettre d’identifier les personnes vulnérables et de mobiliser les infirmiers libéraux de secteur.
Ce projet s’inscrit aussi dans l’évolution récente de la profession. La loi infirmière du 27 juin 2025 reconnaît la consultation infirmière, le diagnostic infirmier et la prescription de produits de santé ou d’examens complémentaires nécessaires à l’exercice infirmier. Le décret du 24 décembre 2025 précise que la consultation infirmière repose sur l’analyse de la situation de la personne et de son environnement, dans une démarche préventive ou thérapeutique. Les arrêtés du 26 juin 2026 renforcent cette évolution en fixant la liste des actes, soins, produits de santé et examens complémentaires relevant désormais du champ infirmier. [6][7][8][9]
Lorsqu’un infirmier libéral de secteur est alerté pour une personne isolée, y compris lorsqu’elle ne fait pas partie de sa patientèle habituelle, le BIPC permettrait de formaliser une démarche clinique simple : évaluer le niveau de risque, poser un diagnostic infirmier, organiser une surveillance adaptée et tracer les éléments dans le dossier du patient, notamment dans le DMP lorsque cela est possible. Selon les critères observés, l’infirmier pourrait prévenir le médecin traitant, organiser un rendez-vous médical, solliciter si besoin une téléconsultation ou une téléexpertise, ou contacter le SAMU en cas d’urgence. L’objectif est d’apporter une réponse graduée, coordonnée et tracée avant la décompensation.
Le BIPC n’est donc pas une idée hors-sol. Il donne une traduction concrète à un mouvement déjà engagé : développer la prévention, améliorer son accès, reconnaître les compétences cliniques des infirmiers et agir avant la décompensation.
Le récent rapport sénatorial « Beaucoup de soin, mais peu de santé : l’impératif de la prévention » va dans le même sens. Il appelle à réorienter notre système vers un modèle plus préventif et rappelle que, selon la CNAM, la prévention devrait devenir « la bataille de la décennie ». [10]
Encore faut-il que cette prévention soit réelle. Conseiller de boire, de rester à l’ombre ou d’attendre un passage de vigilance ne suffit pas toujours. Dans certains villages, le passage d’un facteur ou d’un agent de proximité peut être un regard utile. Mais en grande ville, les tournées changent, les remplacements sont nombreux, et l’on demande aussi aux personnes âgées de ne pas ouvrir à des inconnus. Pour les plus isolés, cette prévention peut donc rester théorique.
Et lorsqu’un facteur ou un agent de proximité constate une situation inquiétante, il fera légitimement ce qu’il peut : appeler le SAMU ou orienter vers les urgences. C’est prudent, mais parfois évitable si une évaluation infirmière précoce permet de sécuriser, alerter, coordonner ou éviter l’escalade. Une vigilance sociale peut aider ; elle ne remplace pas une compétence clinique.
Le livre blanc de l’Onsil intègre enfin une première estimation médico-économique prudente. Sur une base de 10 000 BIPC ciblés, les économies potentielles sont estimées à 870 000 euros, avec un gain net potentiel de 570 000 euros pour le système de santé. Ces chiffres devront être consolidés par une expérimentation territoriale, mais ils montrent déjà que la prévention infirmière à domicile peut être un levier d’efficience, de protection et d’anticipation.
Ce livre blanc a été transmis à la ministre chargée de la Santé, à des parlementaires particulièrement impliqués dans les questions de santé et de protection sociale, ainsi qu’aux principales institutions sanitaires et professionnelles concernées : Assurance Maladie, directions du ministère de la Santé, CNSA, Santé publique France, Haute Autorité de santé et UNPS, afin qu’ils puissent s’en saisir rapidement
L’enjeu est simple : transformer une proposition de terrain en outil opérationnel, mobilisable sans délai, au service des patients vulnérables et de la prévention en période de plan canicule.
Les pertes humaines, elles, ne se quantifient pas. Le coût d’une vie humaine n’est pas et ne veut pas être mesurable. Prévenir un décès évitable reste d’abord un devoir collectif.
Avec le BIPC Canicule, l’Onsil propose une réponse sobre et rapide : utiliser un modèle existant, l’adapter au plan canicule, mobiliser les infirmiers libéraux de secteur, et aller vers les patients que personne ne voit.
https://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-enq/r1455-t1.asp
https://www.lemonde.fr/en/health/article/2026/06/29/france-releases-first-estimate-of-heatwave-mortality-as-at-home-deaths-rise_6754966_14.html
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000049607673
https://www.ameli.fr/infirmier/sante-et-prevention/bilan-prevention-ages-cles
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051806032
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053165854
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054321926
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054321952
https://www.senat.fr/notice-rapport/2025/r25-789-notice.html
Note : les données médico-économiques présentées dans l’article sont issues de la modélisation du livre blanc BIPC et devront

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